Allongement Cinq, ou "Jonathan".


Je suis entré dans le monde du cerf-volant à l'été 1994, avec un jouet dont on m'a fait cadeau, un delta mal conçu et mal réalisé, de quoi dégoûter un novice. J'ai acheté aussitôt, pour voir vraiment, un delta Décathlon premier prix, qui marchait bien, quoiqu'un peu lourd pour les vents évanescents du bois de Boulogne. Après avoir fait le tour de ses réglages et de ses possibilités, l'envie m'a saisi de construire mon modèle. J'avais mis la cravate dans l'engrenage !
J'ai choisi les armatures carbone, faut ce qu'il faut pour être léger, et le mylar des couvertures de survie, qui convenait bien à des essais et des modifications (assemblage par scotch). Ça se déchirait bien un peu de temps en temps, mais pas tant qu'on pourrait croire, surtout si on ne laisse pas de bord libre (toujours un nerf ou au moins un "ourlet"). J'ai d'abord fait un delta, qui ne marchait pas mal, puis j'ai voulu changer de forme, plutôt que de toujours conjuguer le delta (ne vous lassez pas, on arrive à Jonathan bientôt). Mes connaissances en aérodynamique m'avaient appris que le delta n'est pas une forme terrible pour l'aérodynamique sauf en supersonique, mais les CV supersoniques sont rares. J'ai donc voulu faire voler une forme plus proche d'une aile, plus satisfaisante pour mon esprit cartésien, mais je ne savais pas dans quoi je me lançais ! Jonathan a donc une envergure de 2,40 m, pour une longueur de 25 cm, hors la tête et la queue qui ne sont là qu'à titre décoratif. D'où le titre, l'allongement étant le rapport, pour une aile, entre l'envergure et la profondeur. Vous voyez, on y est arrivé. Pour des photos, voyez la présentation "Jonathan".

bout d\'aile


J'avais d'abord fait les bouts d'ailes avec des tubes rigides, ça marchait bien mais ça n'était pas très "bio". Je suis venu aux bouts courbés pour l'esthétique, et au spi pour la solidité, et ça marche aussi bien.

corps


La forme longitudinale cambrée, créée par l'entretoise entre le tube de fuselage et le longeron transversal est nécessaire pour la stabilité longitudinale. Si elle n'est pas mise, ou trop courte, Jon monte bien, mais arrivé en haut de fenêtre, il plane vers vous comme un animal sympathique mais "brave" ! De même, sur les bords de fenêtre, ou dans les piqués, il se dévente et part en brioche.

1/2 plan


J'ai placé le longeron assez à l'arrière, car c'est surtout la partie de l'aile en avant du longeron qui est porteuse. Cette disposition amène toutefois un défaut : par grand vent, les ailes se courbent vers l'avant, leur bord d'attaque faisant une poche, et j'ai même vu une fois Jon partir comme cela plein pot en marche arrière. Sans aller à cet extrême, la marche devient irrégulière, et le pilotage s'apparente plus à de la survie. Pour contrer cela, je fais actuellement des essais sur une forme modifiée en avançant le longeron transversal, mais ça n'est pas encore au point, et je n'en parle pas. Si le vent est trop fort, eh ben ne volez pas ! (on peut peut-être essayer alors d'enfiler des baguettes dans le bord d'attaque des ailes ? je n'ai pas testé).

bride


Le bridage est spécial, parce qu'un bridage normal ne marche pas : quand on tire à droite, ça aurait plutôt tendance à tourner à gauche, mais ça dépend de l'incidence et de la force du vent ! Avec le bridage indiqué ça marche bien. Ça s'emmêle un peu quand on replie, il faut faire attention, sinon le dépliage suivant peut être long ! Au fait, pour replier, on enlève les 2 longerons des ailes, on plie celles-ci l'une sur l'autre, et on enroule le total autour des longerons en partant du corps et en couchant in fine les bouts d'aile en long, ce qui fait un très petit paquet.

Réglages
reglages

1 - Avant montage, tendre les nerfs des joncs de bout d'aile pour qu'il y ait environ 4 à 5 cm de corde.
2 - Tendre les nerfs de BA jusqu'à ce que les BA aient une courbure légèrement concave.
3 - Tendre les nerfs de BF jusqu'à ce que les nerfs de tension (1) des joncs de bout d'aile mollissent juste.
4 - Régler la longueur du tendeur central pour que les tendeurs avant de bout d'aile soient détendus de qques cm (donnera un peu de dièdre en vol). Pas trop, sinon l'incidence des bouts d'aile est trop forte.
5 - Positionner les tendeurs arrières au 1/3 arrière des nerfs de tension des joncs.
6 - Régler les tendeurs arrières bien détendus, pour que le bout d'aile ait l'incidence minimale.
7 - régler la différence entre les tendeurs arrières pour que la tension se répartisse également sur les 2.
8 - régler l'incidence centrale, à une valeur assez faible pour que Jon avance. Cependant il marche bien si cette incidence est supérieure à celle des bouts d'ailes. C'est pourquoi il ne faut pas trop tendre les tendeurs externes arrières.
NB : Etant donnée la faible longueur, par rapport à un delta, les réglages longitudinaux sont très fins. Procéder par cm ou 1/2 cm.

SI : Jon se dévente en haut ou en bord de fenêtre :
-> l'entretoise centrale est mal ajustée ou trop courte, il n'y a alors pas assez de dièdre longitudinal, donc de stabilité longitudinale.
-> il n'y a pas assez d'incidence centrale (déplacer vers l'AR en 8)
(on peut essayer d'observer sur le bord de fenêtre qui donne le meilleur éclairage, quelle est la partie - centre ou extrémités - qui dévente d'abord).

SI : Jon a du mal à décoller ou reste au ras du sol :
-> les tendeurs arrière sont trop tendus (allonger 6)
-> les tendeurs avant sont trop détendus (allonger en 4, oblige en général à allonger en 6)
-> si les précédents sont bien, diminuer l'incidence centrale (vers AV en 8)

SI : Il n'y a pas assez d'autorité de pilotage :
-> si c'est par vent faible, essayez en tirant, au lieu de simplement résister. Si ça ne fait rien, retendre les tendeurs arrières qui ont trop de mou (régler 6). On peut tendre jusqu'à observer que cela change l'incidence (on a alors du mal à décoller, redétendre un peu).

Si vous entreprenez la construction, sachez quand-même que ce n'est pas un cerf-volant facile. Il est sensible aux réglages, qui sont nombreux. C'est passionnant pour les bricoleurs et les analystes, mais les essais sont quelquefois décevants. Partez des conseils indiqués sur les plans, mais vous pouvez toujours me contacter si vous vous cognez la tête contre les murs (vous pouvez me contacter dans tous les cas, ça me fera aussi plaisir si tout marche bien !). Sachez aussi que le vol n'est pas celui d'un delta. Jon n'est pas rapide, il est sensible aux rafales et à la vitesse, il prend facilement du dérapage, ce qui rend difficile l'exécution d'un cercle rond (non, "cercle rond" n'est pas un pléonasme, allez sur n'importe quel spot de CV et regardez, vous verrez des cercles de toutes les formes !), et vous ne ferez pas d'axels ! Par contre, il a un taux de rotation important, bien autour de son centre ; il fait des stops facilement (un peu trop, d'ailleurs, et le problème est plutôt de maintenir la vitesse au cours des manoeuvres) ; il est plutôt auto-serreur, et il faut contrer pour sortir de virage. Il est assez léger pour voler par petit vent, mais quand même pas par vent nul, la surface n'est pas bien grande.
Pour les monofilistes, j'ai déjà fait voler Jon en stationnaire, en diminuant l'incidence. Il a tendance à partir en grandes oscillations transversales divergentes, si le vent faiblit. Je ne suis pas spécialiste du domaine, je suppose qu'en augmentant le dièdre ça irait mieux. Informez-moi, si vous travaillez ça. Un Jon de 5 mètres d'envergure serait splendide ! (moi ? je ne pousse personne, je sème juste une graine au cas où…).
En tous cas, recopieurs scrupuleux ou déviateurs de génie (je recommande de commencer par la première approche, vous verrez bien s'il vous reste des réserves de génie), sachez que si vous vous lancez dans le domaine, vous n'êtes pas près d'en avoir fait le tour ! Je vous souhaite de toute façon du bon vent (pour le plaisir, mais aussi parce qu'un bon vent, moyen et régulier, ça facilite les essais et le réglage) !
Amitiés à tous, Maxime ROUSSELLE

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